Passer au contenu principal

Une heure par jour pour recharger ses batteries



« Tic-Tac! Tic-Tac! C’est votre vie qui s’écoule. »
"Tick-tick-tick. That's the sound of your life running out."Personnage de Jordan Chase, Dexter Saison 5

En savourant un thé beaucoup trop aromatisé pomme-canelle, je me suis mise à cogiter sur le temps qui passe.  Je réfléchis au fait que je suis maintenant capable de profiter de la vie, de MA vie.  Je n’ai pas encore d’enfant et, mis à part l’horaire du boulot qui est à peu près flexible, je profite du temps où peu de contraintes encarcanent mon espace-temps.  Je sais que les enfants viendront tout bouleverser et donc je profite consciemment de ces moments « pré-élevage ».
Marcher dans un endroit apaisant.

Je réfléchis à la routine du « auto-boulot-dodo ». J’habite en région où il n’y a pas de transport en commun et où il faut prendre « le char » pour aller au dépanneur; à moins d’avoir une heure devant soi et le goût inexplicable de risquer sa vie en bordure d’une route à 90km/h. Fin de la parenthèse.  Donc, je pense à cette routine.  Je me rappelle très bien comment je me l’imposais et que j’ai encore tendance à le faire d’ailleurs.  La routine, faut bien l’avouer, à ce je-ne-sais quoi de rassurant.

Après,  quand on y ajoute un ou quelques enfants, du bénévolat et une vie sociale, le temps dévoué à soi doit être prudemment extirpé, sans trop dérégler cette routine qui permet de demeurer efficace.  En bref, pas évident de prendre du temps pour soi.  Surtout quand on se sent à contre-courant, sans énergie disponible pour le changement ou pour la combativité, il devient facile de se laisser glisser.  Il devient réconfortant de couler dans l'idée que l’on puisse trouver une entière satisfaction à bien faire ce qu’on fait déjà.

Parallèlement, on continue de se bercer en se demandant pourquoi le bourdonnement dans nos oreilles continue, pourquoi cet ulcère d’estomac tarde à guérir, pourquoi on est SI FATIGUÉ. Et puis, on a ce goût amer de la rancœur adressée à tout le monde et à personne en particulier, mais pas tous les jours.  Et puis on sent un trou, juste là, juste en dessous du sternum. Rien ne sert de manger, ça ne le calme jamais. Mais le malaise part et revient selon une fréquence qui, sauf pour les survivants, est difficile à déceler.  Mais ça ronge et puis on est SI FATIGUÉ.  On se dit : « de toutes façons, où est-ce que je trouverais l’énergie de m’abonner au Gym? Comment est-ce que je pourrais faire autre chose que de regarder la télé pendant le 10 minutes que j’ai pour moi rendu à 21h? Je ne vais tout de même pas me lever à 4h du mat pour faire du sport? Si? »
Il faut bien le dire, décider de prendre soin de soi, c’est exigeant.

Pour certaines personnes, il faudra entamer de féroces négociations avec le partenaire de vie.  Pour d’autres, ce sera l’aspect financier ou encore de se placer devant l'évidence que l'on ne sait pas ce qui nous ferait du bien.  Pour la plupart, persévérer dans l’idée que l’on vaut bien un petit moment ÉGOÏSTE de bonheur personnel et garder cette pensée active relève de l’exploit.  L’égoïsme n’a jamais eu la cote, mais peut-être est-il un mal nécessaire?  Est-ce vraiment de l’égoïsme que de prévenir la dépression, la colère, la frustration en prenant une toute petite heure par jour pour soi?  Si c’est encore trop, une petite demi-heure?

Ce qui est vraiment aidant: voir quelqu'un ou se faire suivre (clin d’œil à Gad Elmaleh).  Moi, je me suis fait suivre.  Quand mon « psy » m’a prescrit des « activités plaisantes », je n’ai pas ri.  Je suis restée assise là à le regarder comme s’il parlait soudain une langue étrange. Il a enchaîné : « j’ai une liste de ces activités si vous le désirez ». Encore regard vide. « Je vous la fait parvenir par courriel ». Je me sentais démunie comme un enfant de 11 ans qui décide de faire une fugue qui dure 15 minutes parce qu’il n’a aucun endroit où aller. Je ne savais pas ce qui me faisait plaisir.

 
Il m’a brièvement expliqué le principe de la batterie. À leurs honoraires, on est content qu’ils fassent vite, les «psy ».  Je vous le partage pour mieux comprendre l’utilité de ces activités « futiles » et « anti-productives » dans notre quotidien. Quand la batterie est à plat, le patient (celui qui a patienté beaucoup dernièrement pour retrouver son entrain) ne reconnaît plus les sources de plaisir.  Il faut l’entraîner à redécouvrir les choses qui le stimulent. Alors seulement, la batterie peut se recharger.  Ça prend de l’assiduité avant de retrouver la « full charge ».
 
Il faut des activités qui stimulent sans épuiser.  Il n’est pas nécessaire d’être seul.  Ce peut être de prendre un café avec un ami, d’écouter sa série préférée, de prendre une marche dans un endroit qui nous apaise, peu importe.  Il est important de se rappeler que notre dégoût modéré pour les activités plaisantes n’est qu’une illusion.  Les neurones ne communiquent plus correctement.  Le signal est brouillé et donc notre perception aussi.   C’est aussi pour cela que le patient (celui qui redoute le moment où le médecin le mettra en arrêt de travail et qu’il lui donnera tout le temps voulu pour complètement capoter), doit s’entrainer à ressentir du plaisir. Comme l’entraînement physique, c’est très souffrant pour débuter. Ça demande un effort incroyable. Mais il faut persévérer.
 
JE VOUS JURE QUE ÇA MARCHE!
 
Essayer de le mettre en pratique. Je vous mets au défi.  Une seule petite heure pour vous, par jour... C'est tout ce que ça prend, mais il faut être assidu et s'aimer assez pour réussir à maintenir le cap. 









Commentaires

  1. Thank you for such a beautiful and poetic expression about taking time for our self. I recently started to meditate in the morning at 6:30 AM. First 15 mins, then increased to 20 mins. I followed this by about 30 minutes of yoga. Instead of dreading getting up in the morning and trying to awaken myself as quickly as possibly to jump into the days chores, I give myself all this TIME to wake up and marvel at the way my body and mind slowly come to life. I think its very important to organize some time to allow yourself to connect with yourself. This morning ritual has given me more energy and more motivation than any TED talk or self help program. I also have added a ritual of jogging around 5:30 PM for only 30-40 minutes. After just a few days of this routine, my body and mind started to work together. I was thinking clearer and had what I have longed to regain: momentum.

    RépondreEffacer
    Réponses
    1. Merci énormément pour votre commentaire (en fait le premier à vie concernant ce que j'écris). Vous êtes un exemple de tout les bienfaits que peuvent apporter une assiduité à prendre soin de soi. Je suis certaine que les gens qui vous entourent vous trouvent plus rayonnant et disponible. Prendre cette routine demande de la volonté et de la ténacité. Keep up the good work and take care of yourself!

      Effacer
  2. Chère Stéphanie,
    Tu as une très belle plume. Tu décris très clairement ce que plusieurs ont véçu ou vivent présentement. Le tourbillon de la vie nous amène quelques fois à des endroits inappropriés. Prendre le temps de se poser, se ressourcer, se faire plaisir quelques minutes par jour n'est certainement pas un luxe, mais plutôt une nécessité, un équilibre. J'essaie de le mettre en pratique à tous les jours. Après tout, on se doit bien ça!
    Bonne continuité. XX

    RépondreEffacer
  3. Merci Josée. J'ai choisi l'écriture pour me faire du bien. Clairement, il n'y a pas qu'à moi que ce texte parle. Je t'encourage à poursuivre les efforts en ce sens. Atteint un petit objectif à la fois. Réaliste et accessible. 1 à 1. Et observe-toi, sans jugement, sans peur.
    Merci d'avoir partagé avec moi.

    RépondreEffacer
  4. En mangeant Mon Muffin ,bran, mûres et aveccun goût d' orange....non mais c' est tu juste moi qui aime les orange en Orange, pas dans un muffin. Bon enfin, j' ai dévorée ton texte. Merci!

    RépondreEffacer
  5. Salut Stéphanie, j'ai été vraiment touchée par ton texte (et les autres aussi d'ailleurs). C'est vraiment dur de prendre du temps pour soi mais tu as tellement raison, c'est nécessaire pour garder notre petite flamme intérieure allumée... Merci beaucoup de partager tes réflexions et tes conseils, tu es une véritable inspiration. À bientôt :-)

    RépondreEffacer
  6. Cher Papillon Lunaire. Merci de ton commentaire. Si tu as lu Le Début, tu sais que l'une des raisons qui me poussent à écrire c'est de rencontrer les autres à travers l'encre. Je suis très touchée de tes mots, ils m'encouragent à poursuivre. Je suis heureuse s'ils ont résonnés et fait bouger quelque chose en toi. Il ne faut qu'une étincelle. ☺

    RépondreEffacer

Publier un commentaire

Messages les plus consultés de ce blogue

Retour au travail

Eh bien voilà.  De retour au travail après un an en la plus belle compagnie du monde, mon coco. Ce n’est pas une mauvaise chose pour mon cerveau qui devenait peut-être un tout petit peu paresseux malgré lui. Je vis moins bien de laisser mon enfant à la garderie 5 jours sur 7.  Heureusement, mon conjoint ne travaille pas le vendredi la plupart du temps, alors peut-être que Loulou ira seulement 4 jours.  Et puis je peux toujours demander à mamie de le prendre une journée de temps en temps, ce qui réduit le temps passé à la garderie.  Et puis peut-être que je pourrais faire modifier mon horaire pour ne pas travailler les lundis mais travailler les samedis… ouin mais là je n’aurai plus de vie de couple, ni sociale… mais la vie sociale est déjà perdue, right?

La mort, le deuil, la vie.

Ce soir, j'ai participé à un événement pour encourager un organisme qui vient en aide aux jeunes qui vivent le deuil d'un parent.  C'était un souper spaghetti tout ce qu'il y a de commun dans le milieu, mais le sujet m'a touché personnellement puisque j'ai tout récemment perdu une figure de mère. J'ai encore ma mère près de moi, mais en cumulant les deuils d'autres proches, j'apprends que la vie est volage.  Elle se donne et s'arrache aux grés de ses caprices et personne, pas même les meilleurs médecins, n'y peuvent quoi que ce soit.  Elle est libre et détermine arbitrairement le début et la fin, donnant la main à la mort au moment choisi, comme dans une course à relais.

Je ne sais pas ce qui se passe au moment de mourir ou après que notre décès soit constaté.  Je n'ai pas de diplôme en théologie mais je refuse de croire que c'est le noir complet.  Tout ça pour ça, non, sérieusement? Non, merci.
La personne dont je parle en intro a ét…

Le courage du peureux

Je me suis souvent surprise à admirer les autres pour leurs capacités à passer à travers les épreuves avec beaucoup de dignité.  Ils me semblaient solides comme le roc, sans peur.  Je me disais qu'ils étaient beaucoup plus courageux que je ne l'avais jamais été.
Il y a 4 mois et demi, j'ai mis au monde un magnifique petit garçon.  Je me suis concentrée sur ce changement dans ma vie et j'ai fait tout ce qu'il y avait à faire.  Je me suis complètement mise de côté, j'ai donné sans compter, parfois jusqu'à m'épuiser.  Je vous fais une confidence.  Il m'est arrivé de me demander: «Mais à quoi est-ce que j'ai pensé?  Je ne serai jamais capable d'y arriver.  J'ai un bébé «facile» et je rush comme une folle, comment elle font les autres mamans?!» Et puis je me suis roulée en boule et j'ai pleuré jusqu'à ce que mes yeux gonflent et deviennent trop secs pour pleurer encore. Quand j'avais fini, je me relevais et je retournais m'occ…